Les miracles ordinaires, et les miracles extraordinaires

Ma fille

Elle était là. Je la sentais. Je l’aimais déjà. 
J’ai appris ma grossesse sous les tropiques, à Madagascar. Dès les premiers instants, je sus que celle-ci serait spéciale, mais j’étais loin d’imaginer à quel point. 
Je prenais soin d’elle, à ma manière. Je passais ma main sur mon ventre, et me surprenais à murmurer : ‘’ma fille’’. Cette grossesse, je l’avais accueillie avec un doux mélange de joie, de douceur, mais aussi de craintes. Mon fils aîné n’avait que 9 mois, et mes proches me demandaient, remplis d’inquiétude et d’amour : ‘’comment vas-tu t’en sortir avec deux bébés si rapprochés ?’’. Pourtant, du haut de mes 23 ans, je savais que j’y arriverais, et surtout, que je la désirais profondément. Ma fille. J’étais fière de revêtir de ces robes qui mettaient mon bonheur arrondi en valeur. Ma fille…



Les miracles ordinaires, et les miracles extraordinaires

Un jour, Nathalie, une jeune fille rencontrée sur les réseaux sociaux demanda à me voir, car elle souhaitait que je prie pour elle. Elle souffrait d’une maladie du cœur, que les médecins avaient déclaré comme étant incurable. 26 ans, et toute la vie devant elle : mon cœur fut ému de compassion, je fis une prière simple, et par la foi, je sus qu’elle était guérie. Quelques jours plus tard, Nathalie se rendit chez le médecin pour un électrocardiogramme, et le verdict fut sans appel : elle était complètement guérie. Les médecins n’avaient jamais rien vu de tel ! Dieu lui avait littéralement donné un cœur nouveau ! Ma joie fut immense quand j’entendis cette nouvelle : Dieu a une nouvelle foi montré Sa puissance, Sa miséricorde, Sa Grâce, Son Amour, Sa fidélité. 
Quelques jours après l’annonce de cette merveilleuse nouvelle, j’avais rendez-vous pour une échographie de contrôle. Lorsque j’entendis le silence du médecin durant l’examen, je compris que quelque chose n’allait pas. Il augmenta le volume de son appareil, afin de détecter un son, un battement de cœur, mais rien. Le silence. Un silence qui voulait tout dire, le pire silence qui puisse exister. Le silence de ma fille. Les mots du médecin, d’une froideur consumante, tombèrent comme une hache sur mon cœur ‘’on ne perçoit aucun battement de cœur, votre grossesse s’est interrompue, prenez rendez-vous au plus vite à l’hôpital pour un déclenchement ». Silence.
Je sortis de ce lieu d’effroi, et je saisis mon téléphone pour joindre mon mari. Celui-ci, plein de foi, me dit : ‘’calme-toi, nous allons prier, nous allons appeler nos amis pour prier avec nous, car ce bébé vivra au Nom de Jésus’’. Mon cœur de mère fut tiraillé entre le froid des larmes qui coulaient sur mes joues, et le feu ardent de ma foi. Je rentrai chez moi, chétive, tremblante. Je ne savais plus trop quoi penser, ni croire, ni même ressentir. Je pris mon fils dans les bras, et lui murmurai à l’oreille ‘’elle vivra’’. Ce soir-là, nos frères et sœurs en Christ vinrent à la maison : nous avons prié toute la nuit pour qu’elle ressuscite. Mon mari l’avait nommée Avotra, qui signifie ‘’sauvée’’. Elle se nomme Avotra Victoire. 
Le lendemain, nous nous rendîmes à l’hôpital, avec pour but de constater la résurrection pour laquelle on avait prié. L’attente fut longue, interminable : je me mis à appeler les pasteurs que j’avais dans mon répertoire téléphonique pour prier pour moi. Quelques paroles de foi et d’encouragement vinrent me fortifier. Puis, ce fut mon tour. Cette échographie-là fut encore plus silencieuse et plus douloureuse que la première… Mon cœur battait la chamade. Mais le sien, non. La sage-femme nous proposa d’attendre une semaine avant de provoquer l’accouchement. Pour moi, il était hors de question de provoquer quoi que ce soit, je me dis ‘’ce sera une semaine de miracle’’.
Ce soir-là, en rentrant, je fus prise de violentes douleurs au ventre. Je commençai à me vider de mon sang sur mon lit. Je sentais que c’était la fin, mais je ne voulais pas m’y résigner. Je ne voulais pas retourner dans cet hôpital, et je priais, luttais jusqu’au petit matin, forte et pleine de hargne, comme la petite chèvre de Monsieur Seguin contre ce grand loup vorace… Mais une fois que les premières lueurs du matin transpercèrent les rideaux, je la sentais s’en aller. Mon époux était réveillé, je n’osais rien dire. Je voulais vivre ce moment seule, alors je partis m’isoler dans la pièce la plus intime de notre minuscule appartement : les toilettes. C’est là qu’en quelques contractions incontrôlées, je lui fis mes au revoir. Ma fille. Effondrée, mes larmes que j’avais jusque-là essayé de retenir se mirent à couler comme elles n’avaient jamais coulé de ma vie. Mais au-milieu de cet orage, une paix incommensurable, incompréhensible vint m’envahir : Il était là. Celui en qui j’avais placé ma foi, Celui que j’aimais plus que tout, plus que moi, plus que ma fille : Jésus. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais j’en étais à un point où chercher à comprendre ne m’était plus d’une grande utilité : elle n’était plus là.
J’eus mon beau-frère au téléphone quelques instants, il essaya de m’encourager mais je ne l’entendais qu’à demi-mot. Il me dit toutefois cette phrase que je retins : ‘’Il y a les miracles ordinaires, et les miracles extraordinaires ». Je ne compris pas ce qu’il voulait dire sur le coup, mais cette phrase allait changer ma vie…
Ce n’est que quelques jours après que les questions firent leur apparition : pourquoi Seigneur ? Quelques jours avant tu avais guéri Nathalie d’une maladie incurable, pourquoi tu n’as pas fait battre le cœur de ma fille ? Tu en es capable, là n’est pas la question. Mais pourquoi n’as-Tu rien fait ?
L’incompréhension, le doute, les millions d’interrogation commencèrent à m’envahir. Ce drame survint une semaine avant mes examens de fin d’études, et étant fraîchement rentrée de Madagascar, je n’avais pas trop la tête aux leçons durant mes vacances, et j’avais prévu de tout réviser cette semaine-là. Mais voilà, cela allait se passer tout autrement !
Je pris le train seule, avec mon fils aîné, pour passer mes examens dans le sud de la France. Ce fut sans doute l’un des pires voyages de ma vie. Outre le stress de me rendre aux partiels sans avoir rien révisé, j’avais l’impression que le wagon était rempli de mamans enceintes ! Chaque femme que je croisais était ornée d’un magnifique ventre, et dans les moments comme ceux-là, il est très difficile de ne pas se comparer. Moi, en les voyant, je ne m’étais jamais sentie aussi vide de ma vie. Vide d’amour, vide de reconnaissance, vide d’espoir et de foi, vide d’elle. Pour moi, ce fut le trajet en Désorientée Express, pressée de toutes parts, entre douleurs et culpabilité. La culpabilité de n’avoir peut-être pas assez pris soin d’elle, de ne l’avoir pas assez désirée, d’avoir douté, de n’avoir pas eu assez de foi ! 
Une fois arrivée chez les amis qui m’accueillaient durant quelques jours, je me mis à lire mes cours, mais rien ne voulait s’imprimer dans ma tête. Alors je me mis à genoux : « Seigneur, je n’ai rien compris, et je ne comprends toujours rien, mais je veux choisir de Te faire confiance. Je remets tout entre Tes mains, ma vie, ma famille, tout de moi »
À ce moment-là, je me souvins d'une prédication que j'avais écoutée il y avait des années de cela... et j’eus comme une vision. L’espace d’un instant, je fus transportée là-haut. Eblouie par la splendeur de la lumière qui y régnait, je distinguais petit à petit un champ immense. Puis, des enfants, réunis autour de LUI… Jésus. Je ne voyais pas Ses traits, mais je savais que c’était Lui. « Les enfants, j’ai une mission très spéciale pour l’un d’entre vous’’, dit-il. « C’est une mission courte, mais très importante : qui veut y aller ?’’. Une petite main se leva. ‘’Victoire, lève-toi, viens !’’. Elle se leva, c’était elle, MA Victoire. Il lui dit ‘’Ta mission, Victoire, sera de rapprocher le cœur de ta maman, du mien’’. 
Et j’ouvris les yeux. Une paix incommensurable vint remplir mon cœur. Mes larmes de détresse se transformèrent en larmes de joie, en larmes d’amour, en larmes de victoire.
Je m’endormis paisiblement, ce soir-là. Le lendemain et les jours suivants, en me rendant aux examens, à chaque épreuve, à chaque matière, je comptais sur la grâce de Dieu : je n’avais aucune connaissance solide mais Christ était mon roc. Je me sentais comme une petite fille blottie contre le cœur de Son Papa. Je me sentais bien. À vrai dire, je ne m’étais jamais sentie aussi bien.
Sur le trajet du retour, j’eus l’occasion de parler de Jésus à quelques personnes dans le train. Parler de Lui, de mon Amour, faisait brûler mon cœur. Enfin, j’en avais l’assurance : Seigneur, je ne Te sers pas parce que Tu me bénis, mais parce que je T’aime. Merci, Victoire.


Note :
À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai 3 merveilleux enfants, dont deux nés après cet événement. Je suis infiniment reconnaissante à Dieu pour ces trésors ! Et plus que jamais, j’ai confiance en Ses merveilleux plans pour ma vie… et pour la tienne aussi !

Commentaires

  1. Merci pour sublime témoignage. J'ai perdu ma petite fille 1 jour après sa naissance. Te lire m'a vraiment fait beaucoup de bien.
    Que notre Seigneur Jésus te bénisses ainsi que ta petite famille.

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